Le THC, ou tétrahydrocannabinol, est l’un des plus de cent cannabinoïdes que produit la plante de chanvre, Cannabis sativa L. C’est le principal cannabinoïde psychoactif : la substance qui rend le cannabis enivrant. Tu le croises sur l’étiquette des produits au CBD, dans l’actualité et dans la loi.
C’est justement pour cela que le droit suisse se sert de lui pour séparer le chanvre du stupéfiant. Le chanvre qui contient 1% de THC total ou plus relève de la loi sur les stupéfiants (LStup), celui qui en contient moins de 1% non. Nous t’expliquons la chimie du tétrahydrocannabinol, son mode d’action dans le corps, ses effets, son usage médical, ses risques et son statut légal.
Cet article est purement informatif et ne remplace pas un avis médical. Les produits uWeed ne sont pas des médicaments.
Qu’est-ce que le THC ? Définition et origine
Le THC est un cannabinoïde que la plante de chanvre produit surtout dans la résine des trichomes de ses fleurs femelles. Ce phytocannabinoïde est le principal cannabinoïde psychoactif du cannabis, car il se lie au récepteur CB1 du cerveau. Le CBD, issu de la même plante, n’est pas psychoactif.
C’est quoi le THC, concrètement ? Ce n’est pas un additif, mais une substance que la plante fabrique elle-même. La définition du THC comprend toutefois un détail chimique : la plante fraîche le contient surtout sous sa forme acide, le THCA, et très peu sous forme de THC. Le taux de THC varie fortement d’une plante à l’autre. Le chanvre industriel et le chanvre CBD restent sous 1% de THC, le cannabis stupéfiant se situe nettement au-dessus. Cet écart explique pourquoi une même espèce est tantôt un produit agricole, tantôt un stupéfiant : ce n’est pas l’espèce qui décide, mais la teneur mesurée.
Que veut dire THC ?
THC signifie tétrahydrocannabinol, en toutes lettres delta-9-tétrahydrocannabinol, ou Δ9-THC. Le nom décrit la molécule : « cannabinol » désigne la structure de base, qui donne aussi son nom au cannabinoïde voisin, le cannabinol (CBN), et « tétrahydro » indique que le THC porte quatre atomes d’hydrogène de plus que celui-ci. Le « delta-9 » précise où se trouve une double liaison donnée dans la molécule. Dans le langage courant, « THC » désigne presque toujours le delta-9-THC. La signification est donc nette : le tétrahydrocannabinol est une seule substance, décrite avec précision.
Chimie du THC : molécule, delta-9 et THCA
Derrière le mot « THC » se cachent en chimie trois choses : la molécule elle-même, ses isomères et son précurseur acide, le THCA. Nous partons de la molécule pour arriver à la forme sous laquelle elle existe réellement dans la plante, et c’est cette forme qui décide du taux de THC inscrit au final dans le rapport d’analyse.
Formule chimique du THC
La formule chimique du THC décrit une petite molécule liposoluble, et ces deux propriétés expliquent une bonne partie de ce que tu liras ensuite sur le THC. La molécule de THC se résume en une formule brute : C21H30O2.
| Attribut | Valeur | Remarque |
|---|---|---|
| Formule brute | C21H30O2 | 21 atomes de carbone, 30 d’hydrogène, 2 d’oxygène |
| Masse molaire | environ 314 g/mol | vaut pour le delta-9-THC |
| Famille chimique | terpénophénol | comme la plupart des cannabinoïdes |
| Solubilité | lipophile, presque insoluble dans l’eau | se dissout dans les graisses et l’alcool |
Le THC est liposoluble, pas hydrosoluble. C’est pourquoi il se dissout dans les graisses et pourquoi le corps le stocke dans le tissu adipeux, ce qui explique qu’on puisse l’y détecter plus longtemps que dans le sang.
Le delta-9-THC et les autres formes de THC
Le delta-9-THC est la forme que produit le chanvre et celle dont on parle quand on dit « THC ». Les autres variantes sont des isomères : elles ont la même formule brute, mais la position d’une seule double liaison dans le cycle diffère. Cette position est l’axe sur lequel se rangent les trois formes les plus connues.
| Variante | Présence dans la plante | Origine |
|---|---|---|
| Delta-9-THC | dominante | formée naturellement |
| Delta-8-THC | à l’état de traces seulement | le plus souvent fabriquée par voie semi-synthétique à partir du CBD |
| Delta-10-THC | à l’état de traces seulement | le plus souvent fabriquée par voie semi-synthétique |
En chimie, le delta-9-THC est donc la règle et les deux autres des variantes de laboratoire. Quelles formes comptent juridiquement, c’est le droit des stupéfiants qui le règle ; ce que cela signifie pour le taux de THC total mesuré, la section sur le statut légal le montre plus bas.
THCA, c’est quoi ?
Le THCA, l’acide tétrahydrocannabinolique, est la forme acide du THC et celle sous laquelle la plante vivante le stocke surtout. Il se forme à partir de l’acide cannabigérolique (CBGA), le précurseur commun dont la plante tire aussi les formes acides d’autres cannabinoïdes, comme le CBDA, précurseur du CBD. Ce sont les enzymes de chaque variété qui décident quel cannabinoïde se forme. Le THCA lui-même n’est pas psychoactif.
Entre le THCA et le THC, la différence tient à un seul groupe carboxyle. Sous l’effet de la chaleur, le THCA le perd et devient du THC ; la chimie appelle ce processus la décarboxylation.
Comme le THCA devient du THC sous l’effet de la chaleur, les rapports d’analyse indiquent le THC total : THC + THCA × 0.877. Ce facteur est un rapport de masses, car le THC est plus léger que le THCA du poids du groupe carboxyle perdu. C’est cette valeur totale qui compte pour le seuil de 1%. Pour en savoir plus sur le précurseur commun, lis notre article sur le cannabigérol (CBG), précurseur des autres cannabinoïdes.
Quels sont les effets du THC sur le corps ?
Le THC agit parce qu’il se lie à un récepteur propre au corps. L’organisme possède un système endocannabinoïde, un réseau de messagers comme l’anandamide et de récepteurs sur lesquels ils se fixent. Les deux plus connus sont le récepteur CB1, présent surtout dans le cerveau et le reste du système nerveux, et le récepteur CB2, présent surtout sur les cellules du système immunitaire.
Le THC se lie au récepteur CB1 en tant qu’agoniste partiel : il l’active, mais pas complètement. C’est sur cette liaison que repose l’action psychoactive du tétrahydrocannabinol. Matsuda et ses collègues ont décrit ce récepteur en 1990 dans la revue Nature, après l’avoir cloné à partir du cerveau de rat dans une étude en laboratoire [1]. On sait depuis que le THC n’agit pas au hasard, mais à un endroit précis du système nerveux.
Quels effets du THC sur le corps décrit l’Office fédéral de la santé publique (OFSP) ? Selon lui, l’effet du THC altère l’attention, la concentration et la capacité d’apprentissage, et son intensité dépend de la composition et de la quantité [2]. Cette action au récepteur CB1 explique aussi pourquoi la loi réglemente le THC et pas le CBD. Les deux sections suivantes précisent si le THC est psychoactif et combien de temps durent ses effets.
Le THC est-il psychoactif ?
Oui, le THC est psychoactif : c’est la principale cause de l’ivresse du cannabis. Son intensité dépend de la quantité et de la forme sous laquelle le THC est absorbé. On peut donc répondre clairement à la question du « si », pas de façon générale à celle du « combien ».
Le CBD provient de la même plante, mais il n’est pas psychoactif. Le THC est psychoactif, le CBD ne l’est pas, et c’est exactement sur cette ligne que s’appuie le droit suisse. L’idée que le CBD « annulerait » simplement les effets du THC est une simplification répandue, mais inexacte. Ce qui sépare les deux cannabinoïdes sur le plan chimique et juridique, tu le trouves dans notre article sur la différence entre CBD et THC.
Combien de temps durent les effets du THC ?
La durée des effets du THC dépend surtout du mode de consommation : inhalé, il agit plus vite et moins longtemps qu’ingéré. Comme pour l’intensité, la composition et la quantité jouent aussi un rôle [2], si bien qu’aucune durée valable pour tout le monde ne peut être donnée.
La durée des effets et la durée de détection sont deux questions différentes. Le THC et ses métabolites, comme le THC-COOH, restent détectables bien plus longtemps que l’effet ne se fait sentir, parce que le corps les stocke dans les graisses. Nous expliquons dans un article à part combien de temps le THC reste dans le corps.
Quels médicaments au THC sont autorisés en Suisse ?
En Suisse, le THC est une substance médicamenteuse soumise à prescription : depuis le 1er août 2022, les médecins peuvent prescrire des médicaments à base de cannabis contenant du THC sans autorisation exceptionnelle de l’OFSP. La pharmacie les prépare le plus souvent sous forme de préparation magistrale, c’est-à-dire sur ordonnance [3].
L’OFSP cite trois domaines dans lesquels ces médicaments sont surtout prescrits [3] :
- les douleurs chroniques ;
- la spasticité et les crampes liées à la sclérose en plaques ou à d’autres maladies neurologiques ;
- les nausées et la perte d’appétit pendant une chimiothérapie.
La décision revient toujours à un médecin ; il ne s’agit en aucun cas d’automédication.
Sur le niveau de preuve, les National Academies of Sciences, Engineering, and Medicine ont publié en 2017 un rapport de synthèse : elles y concluent qu’il existe des preuves substantielles ou concluantes pour les cannabinoïdes contre les douleurs chroniques de l’adulte, contre les nausées dues à la chimiothérapie (cannabinoïdes oraux) et pour la spasticité de la sclérose en plaques rapportée par les patients ; pour beaucoup d’autres usages, ces preuves manquent [4]. L’OFSP juge les preuves insuffisantes pour une prise en charge générale par l’assurance de base, qui ne rembourse que dans des cas exceptionnels [3]. Les produits au CBD contenant moins de 1% de THC ne sont pas des médicaments et n’ont rien à voir avec ces indications.
Quels sont les dangers du THC ?
Les dangers du THC dépendent surtout de la fréquence, de la puissance et de l’âge auquel on consomme : les risques augmentent avec la fréquence et le taux de THC. C’est pour cela que le THC est réglementé. Les trois sections suivantes vont des effets secondaires à court terme à la dépendance, puis aux risques à long terme pour la santé psychique.
Effets secondaires du THC à court terme
Selon l’OFSP, le THC peut réduire l’attention, la concentration et la capacité d’apprentissage [2]. Ce qui fait l’ivresse altère donc en même temps les performances au quotidien. Trois effets secondaires du THC à court terme méritent d’être connus, des performances à la santé jusqu’à la circulation routière :
- Performances : une consommation forte et continue peut peser sur les résultats à l’école ou au travail [2].
- Santé : fumer souvent du cannabis mélangé à du tabac augmente en plus le risque de maladies respiratoires ou cardiovasculaires [2].
- Circulation routière : conduire sous l’influence du THC est interdit ; la valeur limite figure dans la section sur le statut légal.
L’intensité de ces effets dépend de la composition et de la quantité, et on ne peut pas la prévoir au cas par cas.
Dépendance au THC
Oui, le THC peut rendre dépendant : selon l’OFSP, une consommation de cannabis contenant du THC sur une longue durée comporte le risque de développer une dépendance psychique [2]. Ce risque est plus élevé qu’on ne le pense souvent, et il augmente avec la fréquence de consommation.
Leung et ses collègues ont estimé en 2020, dans une revue systématique avec méta-analyse publiée dans la revue Addictive Behaviors, qu’environ une personne sur cinq qui consomme du cannabis présente un trouble de l’usage du cannabis (22%), et environ une sur trois parmi celles qui en consomment chaque semaine ou chaque jour [5]. Selon l’OFSP, une consommation forte et prolongée à un jeune âge peut en outre entraîner de graves troubles du développement et une dépendance ultérieure [2].
Si tu veux parler de ta propre consommation, l’offre SafeZone.ch, soutenue par l’OFSP, propose un conseil en ligne anonyme.
Effets du THC à long terme : psychoses et jeunes
Une consommation fréquente de cannabis très chargé en THC est associée à un risque plus élevé de psychose. Di Forti et ses collègues l’ont étudié en 2019 dans la revue The Lancet Psychiatry, dans une étude cas-témoins chez l’humain menée sur onze sites européens. Les personnes qui consommaient chaque jour avaient environ trois fois plus de risques de connaître un premier épisode psychotique que celles qui n’avaient jamais consommé ; avec une consommation quotidienne de cannabis à 10% de THC ou plus, ce risque était presque cinq fois plus élevé [6].
Une étude cas-témoins montre une association, pas une preuve de cause. Elle montre toutefois que le taux de THC et la fréquence pèsent ensemble. Les jeunes sont considérés comme particulièrement vulnérables, puisqu’une consommation forte et prolongée à un jeune âge peut, selon l’OFSP, perturber leur développement [2]. Les produits au CBD contenant moins de 1% de THC ne sont pas visés par ces résultats.
Le THC est-il une drogue ? Statut légal en Suisse
Oui, le THC est juridiquement une drogue en Suisse : le cannabis contenant 1% de THC ou plus est un stupéfiant au sens de la loi fédérale sur les stupéfiants (LStup) [7]. C’est le taux de THC total qui compte, tel que le fixe le tableau d de l’ordonnance du DFI sur les tableaux des stupéfiants (OTStup-DFI) [8]. Le chanvre contenant moins de 1% de THC ne relève pas de la LStup [9].
| Domaine | Valeur limite | Base légale | Remarque |
|---|---|---|---|
| Cannabis comme stupéfiant | dès 1% de THC total | LStup [7], OTStup-DFI tableau d [8] | stupéfiant au sens de la LStup |
| Chanvre et chanvre CBD | moins de 1% de THC total | LStup [7], OFSP [9] | pas un stupéfiant |
| Médicaments à base de cannabis | dès 1% de THC total | prescription médicale [3] | voir la section sur les médicaments |
| Circulation routière | tolérance zéro | droit de la circulation routière | valeur limite propre de THC dans le sang |
En Suisse, ce n’est donc pas la plante qui décide, mais le taux de THC dans le chanvre, mesuré en THC total. La limite de 1% est la ligne en deçà de laquelle se trouvent les produits au CBD légaux ; quelles catégories de produits existent et ce qui s’applique à chacune, notre article sur le CBD légal en Suisse l’explique en détail.
La médecine, décrite plus haut, fait exception. Sur la route, indépendamment du droit des stupéfiants, la tolérance zéro s’applique au THC. Où se situe la valeur limite et ce qu’elle signifie pour le CBD, nous le montrons dans notre article sur le THC et la conduite.
THC, CBD et CBN : des cannabinoïdes de la même plante
Le THC est un cannabinoïde parmi d’autres, et qui a compris le THC comprend aussi ce que les autres ne font pas. Le CBD, ou cannabidiol, et le THC partagent le même précurseur, le CBGA, mais n’agissent pas de la même façon au récepteur : le THC active le récepteur CB1, le CBD non. Même précurseur, action différente au récepteur : c’est pour cela que la loi réglemente le THC et pas le CBD. Un troisième cannabinoïde naît du THC lui-même, car le THC vieillit en CBN : quand la matière végétale est stockée longtemps, une partie du THC s’oxyde en cannabinol (CBN), issu du THC vieilli.
Le profil cannabinoïde d’une plante se compose de ces substances et d’autres encore, auxquelles s’ajoutent les terpènes qui marquent son arôme. L’idée que cannabinoïdes et terpènes s’influencent mutuellement est une hypothèse de recherche, pas un fait établi. Ce que montrent les études à ce sujet, notre article sur l’effet d’entourage le résume.
Qui a découvert le THC ?
Le THC a été découvert en 1964 par les chimistes israéliens Yechiel Gaoni et Raphael Mechoulam, à l’Institut Weizmann : ils l’ont isolé pour la première fois à l’état pur à partir du haschich et en ont élucidé la structure. Pour une plante utilisée depuis des millénaires, c’est étonnamment tard. Le chanvre était donc cultivé et transformé bien avant que quiconque sache quelle substance y provoque l’ivresse. Ce n’est qu’avec la substance pure, décrite chimiquement, que la recherche a pu chercher de façon ciblée où le THC agit dans le corps, une question à laquelle la description du récepteur CB1 a répondu en 1990 [1]. Mechoulam est considéré pour cela comme un pionnier de la recherche sur les cannabinoïdes.
Questions fréquentes sur le THC
Une question revient souvent lorsqu’on parle du THC et des autres cannabinoïdes présents dans le chanvre.
Quels cannabinoïdes sont psychoactifs ?
Le THC est le principal cannabinoïde psychoactif du chanvre et celui qui provoque l’ivresse du cannabis. Le CBD, le CBG et le CBN ne sont pas considérés comme psychoactifs dans les quantités où on les trouve dans le chanvre. Ils proviennent de la même plante, mais ne se lient pas au récepteur CB1 comme le THC. La question qui suit le plus souvent, à savoir si le CBD est psychoactif, fait l’objet d’un article à part.
À retenir : le THC en bref
Le THC, ou tétrahydrocannabinol, se résume en cinq points :
- Le THC est le principal cannabinoïde psychoactif de la plante de chanvre.
- Il agit parce qu’il se lie au récepteur CB1 du système nerveux.
- En médecine, il n’est utilisé que sur prescription, pour quelques indications bien délimitées.
- Ses risques, surtout la dépendance et les effets sur la santé psychique, augmentent avec la fréquence et le taux de THC.
- En Suisse, le cannabis est un stupéfiant dès 1% de THC total.
Qui connaît ces cinq points comprend aussi pourquoi les produits au CBD légaux s’arrêtent à la limite de 1%, et pourquoi le THC et le CBD sont deux substances différentes malgré leur plante commune.
Sources sur le THC (tétrahydrocannabinol)
- Matsuda LA, Lolait SJ, Brownstein MJ, Young AC, Bonner TI (1990) : Structure of a cannabinoid receptor and functional expression of the cloned cDNA. Nature 346(6284) : 561–564.
- « Cannabis », Office fédéral de la santé publique (OFSP), Addictions et santé, page d’information, consulté le 29.10.2026.
- « Utilisation du cannabis à des fins médicales », Office fédéral de la santé publique (OFSP), page d’information, consulté le 29.10.2026.
- National Academies of Sciences, Engineering, and Medicine (2017) : The Health Effects of Cannabis and Cannabinoids: The Current State of Evidence and Recommendations for Research. National Academies Press, Washington DC.
